EKIP


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Cicatrices omniprésentes dans le paysage et dans le tissu social, les clôtures sont un dispositif universel de contrôle et de division de l’espace social. Avant même les lois écrites, la clôture s’identifiait comme la loi ; une trace physique et symbolique d’un pacte social. De l’échelle de la clôture domestique, banlieusarde, jusqu’aux dimensions du Mur de Berlin ou de la Palestine, ou des frontières hostiles, la clôture empêche, interdit, divise, isole, enclave, exclue, ferme, anéantissant les espaces avoisinants, rendus négatifs, inutiles, vagues. Protégé par sa clôture, de tout sauf de lui-même et de sa banale solitude, captif de son propre piège, l’humain se cherche.

L’herbe est cependant toujours plus verte de l’autre coté, chez les voisins. C’est l’être social en nous, sa curiosité, son envie et son désir de porosité communicationnelle qui nous pousse à sauter, déjouer et renverser les clôtures depuis notre enfance.

[les voisins] tente de transformer la clôture en un espace social commun, positif, habitable, participatif et ludique. Au lieu de diviser, cette clôture devient un dispositif qui unit et qui crée un lieu d'interaction, d'échange et de partage, un lieu de cohabitation.

[les voisins] s’exprime comme une limite à la fois ambiguë et claire, extravertie et introvertie, qui sépare et réunit en même temps, suffisamment poreuse et ouverte et suffisamment définie et fermée… ancrée autant dans la réalité que dans l’imaginaire.

L’obstacle engage la curiosité et l’intuition. Le passant s’y approche, y pénètre, flâne, le franchit, s’y promène, touche, monte, passe en dessous, s’y perd, s’assoit dedans, s’y couche, s’y repose, s’y cache du soleil, s’y oublie… Il expérimente les passages, les situations et les vues. [les voisins] est un dispositif de perception du paysage à la fois fond neutre, cadreur de vues du ciel et de la lumière et articulateur du territoire ; cet obstacle étrange vise à révéler les qualités paysagères du terrain vague. [les voisins] invite donc à interagir avec l’obstacle, avec le territoire et surtout avec les autres flâneurs; à les côtoyer, les écouter, échanger avec eux et à s’ouvrir à l’expérience de l’autre… à cohabiter cette commune clôture.

Pourquoi ne pas s’asseoir ensemble confortablement sur ce mur entre nous; je t’offrirai une cigarette et toi tu me donneras une bière, et nous referons ensemble une petite partie du monde…

Vive les clôtures !


Note biographique

ekip : collectif ouvert sur l'exploration et l'échange d'idées sur le design, l'architecture et la société contemporaine...

ekip est un collectif de quatre jeunes concepteurs (Thierry Beaudoin, Sinisha Brdar, Patrick Morand et Marc Pape) qui ont étudié ensemble l'architecture à l'Université de Montréal et qui se réunissent pour participer à différents projets et concours. Bien que travaillant tous dans différents domaines créatifs, notre collectif est réuni par la passion de l'exploration du design contemporain, de l'architecture, du paysage, de la ville et de la société ainsi que par la poursuite d'une approche et d'une attitude légères, spontanées et divertissantes pour l'élaboration de projets d'architecture. Le champ de nos inspirations et de nos influences est large, de la richesse du monde des sens, du paysage, du land-art et de l'art. Notre approche vise à synthétiser les forces parfois paradoxales de la modernité actuelle et à y réagir. Nos projets sont plutôt variés et concernent le design, les explorations artistiques, les installations, l'architecture, le paysage et le design urbain.
www.ekip.ca