TOO CLOSE FOR COMFORT
Bettina Hoffmann

Du 20 novembre au 18 décembre 2005

Les photographies de Robert Duchesnay sont habitées d’une étrangeté inquiétante, mais qui pourtant semble paradoxalement «ordinaire» - une violence latente mise en sourdine. Dans ses photographies, l’artiste propose des mises en scènes tendues et inquiétantes par les espaces anonymes où les personnages sont figés dans leur difficulté à communiqué.

Bettina Hofmann pour sa part présente des œuvres photos et vidéos qui met en scène des situations calmes et paisibles de la vie sociale (comme une réunion de groupe dans un décor domestique), mais l’ordre apparent de la convivialité semble à tout moment au bord de se rompre.

Les deux pratiques sont fortement construites à partir de l’anodin et c’est justement l’insistance sur cette «construction» qui instaure le dérapage.

DE NOS ATTENTES DÉÇUES
Bettina Hoffmann et Robert Duchesnay

Nous possédons tous, d’une manière ou d’une autre, une connaissance du monde basée sur notre corporalité et les expériences que nous livrent nos sens. Cette connaissance – ce que nous appelons « la vie » – fixe, en quelque sorte, nos rapports avec les autres : rapports qui sont faits alternativement de distanciations et de rapprochements et qui se traduisent ultimement par une activité mentale plus ou moins opérante. Le sémiotique – en gros la recherche de signification – consisterait donc en un processus d’adéquation entre notre nature physique et notre constitution psychique. De nos expériences, nous fondons des projections que nous tâchons ou non d’actualiser.

La rhétorique, dans ce contexte, serait, selon Göran Sönesson, « la capacité de produire du sens en créant une attente pour ensuite la décevoir ». L’image photographique, par la technique qui la sous-tend, constitue un véhicule tout à fait efficace à la fois pour créer ces attentes, en évoquant la réalité que nous croyons si bien connaître, et les décevoir, en dénonçant celle-ci comme illusion.

Bettina Hoffmann, par ses photomontages numériques et ses vidéos, présente au spectateur un environnement qui lui semble parfaitement ordinaire et prévisible. Pourtant un malaise plane, qui tient sans doute à une étrangeté dans les attitudes et qui force la question : « Que va-t-il arriver ? » Cette incertitude est générée par toutes sortes de procédés qui relèvent du trucage. Par exemple, dans la série La soirée, les convives sont photographiés individuellement avant d’être rassemblés numériquement dans un espace pictural unique. Dans Affaires infinies, la protagoniste se dédouble et apparaît plusieurs fois dans la même composition. Dans la vidéo La ronde, un mouvement circulaire de la caméra isole et pétrifie les personnages dans une fixité contre nature.

Toutes ces stratégies de dramatisation de l’image qu’utilise Hoffmann ont pour résultat d’engendrer un climat de tension, contraire à la familiarité des lieux et des situations.

Les décalages de la réalité sont aussi très présents dans les photographies de Robert Duchesnay ; ils semblent instaurés par le jeu subtil de la lumière sur les visages et les corps. Les éclairages conçus par l’artiste donnent aux êtres l’aspect livide et inquiétant de statues de cire. D’autre part, l’humour des formes saugrenues qui ont l’air importées d’ailleurs, comme la petite voiture ou le marteau géant, paraît s’insérer singulièrement dans le contexte proposé. Le regardant reste alors perplexe quant à la façon de réagir. Doit-il se projeter dans l’horreur ou se camper dans la raillerie ? Un clivage moral provoque une réelle ambiguïté dont la résolution reste impraticable.

Dans cet univers pictural de Duchesnay, finement peuplé de fantasmes surréalistes, le vrai est théâtral et inaccessible, à la fois tendre et choquant, comme dans La correction, ou magnifique et dérisoire comme dans L’ingénieur.

François Chalifour, novembre 2005

 

 

 

 

 

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